Comment ça va?

Ma maman m’a dit un truc marrant hier. 
Elle me racontait que quand elle est arrivée à Genève et qu’elle apprenait le français, elle pensait que lorsqu’on lui demandait : « Comment ça va ? », les gens s’attendaient à une réponse. 
Elle pensait qu’ils voulaient vraiment savoir comment elle allait. 
Elle se disait qu’ici c’était comme au Danemark, que quand on demandait ça, c’était parce qu’on s’intéressait vraiment à l’autre. 
Qu’on voulait vraiment savoir comment l’autre allait. 
Et puis elle a vite remarqué que les gens n’écoutaient pas la réponse et qu’ils répondaient toujours « bien » de manière distraite alors que rien n’allait plus dans leur vie. 
Elle m’a dit qu’elle n’était pas la seule, que ses copines du cours de français avaient eu la même expérience. 
C’est fou quand même non ? 

Bon en y repensant je me souviens avoir vécu la même chose aux Etats-Unis : au début je trouvais ça complètement génial que tout le monde, même les vendeurs dans les magasins me demandent « how are you ? » et puis j’ai vite compris qu’ils n’attendaient pas de réponse. 
Je me suis aussi souvenue qu’en Corée leur truc à eux c’est de demander « as-tu mangé ? » (l’équivalent du « comment ça va » à la coréenne) et t’es plutôt censé dire oui machinalement. Quoique ça dépend hein, si tu retrouves quelqu’un pour manger au resto c’est mieux si t’as l’estomac vide. 
Bref. 

Je crois que y’a soucis les gens. 
Je crois que c’est dommage de gâcher des mots comme ça pour des interactions vides. 
Je crois que ce serait tellement plus INCREDIBLEEE d’avoir un vrai échange complètement pur et vulnérable la prochaine fois qu’on croise quelqu’un. 

Je crois que ce serait vraiment trop magique de voir ce qui se passe si tu lui disais que bof, y’a eu des meilleurs jours, que tu t’es à nouveau posé la question sur le sens de la vie en mangeant tes céréales. 
Que tu te sens un peu comme une merde aujourd’hui parce que le mec avec qui t’as bu un verre y’a deux jours ne t’a pas écrit. 
Que tu de demandes si tu ne devrais pas tout quitter pour partir vivre dans une cabane en Patagonie. 
Que des fois tu te sens tellement seul en rentrant chez toi que t’aimerais bien serrer dans les bras les inconnus dans le bus mais il paraît que ça ne se fait pas. 

Tiens, ça me fait penser l’autre jour dans le bus j’ai vu ces deux gosses. 
Il y en avait d’abord un seul avec sa maman, et puis trois arrêts plus loin le deuxième est monté. 
Une fois les deux poussettes côte à côte, les enfants se sont regardés et tout de suite ils se sont pris la main, comme ça. 
Main dans la main, tout le trajet. 
Ils ne se connaissaient pas du tout.
Je les regardais et je me disais « damn, ce serait tellement plus simple si on agissait tous comme ça ! ».
Sauf qu’on a été forcé de « grandir » et on a oublié que les interactions humaines c’était pas censé être compliqué.

Je crois que ça rejoint cette histoire d’étranger dans un pays nouveau, ce n’est que quand on a cette sorte de naïveté du débutant qu’on fait les choses le plus naturellement. 
Bon je sais, prendre la main d’un inconnu dans le bus quand t’es adulte ça peut mal passer. 
Mais la prochaine fois qu’on échange un « comment ça va ?», on pourrait s’arrêter deux secondes et vraiment se demander cette fois : 
« mais au fait » - cher humain tout aussi perdu que moi– 
« comment tu vas ? »