Les Backpackers en valise ou comment détecter les VALEURS bullshits

Il y a quelques années en arrière j’ai fait un voyage en Asie avec ma sœur et deux amies. 
C’était la première fois qu’on faisait un long voyage comme ça, on y connaissait pas grand chose. 
C’était du temps où les blogs de voyages n’existaient presque pas (damn, ça me rajeunit pas !) et t’avais pas vraiment de vidéo sur les 10 tips pour réussir un voyage sac-à-dos ou autres conseils du genre. 

On avait hésité sur la problématique du sac-à-dos. 
Valise, sac-à-dos ? Pas de sac-à-dos, valise ?
On avait opté sur la valise parce qu’on en avait déjà, que c’étais plus simple à ouvrir et puis on pourrait toujours s’asseoir dessus en attendant un train. 

Comme tu peux l’imaginer ça ne s’est pas avéré être l’option la plus pratique. 
La valise faut la trainer, la soulever, la hisser. 
Elle tire toute la merde derrière elle et les roues sont pas vraiment tout terrain. 

Pourtant ce qui m’a le plus marqué de ce voyage c’est pas toutes ces contraintes. 
Ca nous a fait des histoires marrantes à raconter nos aventures de boulettes à valise !
Ce qui m’a le plus choqué c’est les réaction des autres backpackers. 

Les nuits où on dormait dans des auberges de jeunesse on était les seules avec des valises. 
Je me souviens de cette fois où on est arrivées dans une ville au Vietnam et un type blond avec des dreads en mode je-veux-révolutionner-ce-monde nous attendait sur les marches. Ils nous a jeté un regards narquois avant de dire un truc du genre: 

« si on décide d’être des princesses, faut assumer jusqu’au bout ! » 

Fin je sais plus si c’était ça hein, mais je sais qu’il n’a pas voulu nous aider. 
Fair enough, c’était notre choix d’avoir pris des valises. 
Mais c’était la seule chose qui nous différenciait des autres voyageurs !
S'il avait pris le temps de nous observer il l'aurait vite su. 

On mangeait dans les stands de rue, on dormait dans des auberges (à Tokyo on était même tellement à la masse qu’on s’est retrouvées homeless pour 10 jours – true story !), on aimait parler aux locaux, on pensait aussi que le voyage c’était outil puissant pour l’ouverture d’esprit et la tolérance. 

Ce qui m’a dérangée c’était l’ECART entre cette soi-disant philosophie backpackers dont ils parlaient tous, cet ouverture d’esprit qu’ils étaient fiers de posséder et l’attitude de certains face à ceux qui en apparence ne leur ressemblait pas. 

Quand on parle de valeurs faut aller chercher au-delà de l’apparence. 
Faut observer les actions. 
C’est la seule façon. 
Si tu viens me parler de refaire le monde, injustice et peace and love faut déjà que tu commences à l’incarner. 

Ca me fait penser à ces entreprises qui pensent rattraper leurs actions pas nettes en soutenant de temps à autre une noble cause. 

Si t’es fabriquant de boissons bourrées de sucre, mais que tu penses qu’en donnant un certain montant à des associations chaque année ça peut pas rattraper le fait que tu contribues à augmenter l’obésité ça joue pas. 

Si t’as créé une ONG mais qu’au sein de l’organisation c’est un bordel au niveau relationnel c’est la même chose. 
Tu ne peux pas contribuer à changer une partie du monde si t’as déjà pas les valeurs in check au sein même de ton entreprise. 

J’ai été impressionnée par les locaux de Philip Morris à Neuchâtel. 
Des bâtiments modernes au bord du lac qui ont bien dû coûté des millions. 
Je ne suis pas fumeuse alors entre nous je savais même pas qu’ils faisaient des clopes. 
Je suis allée voir leur site par curiosité. 
La première chose mise en avant : « Nous sommes en train de créer un futur sans fumée».
Et puis of course toutes leurs actions « humanistes » et « environnementales ». 

J’avoue, j’ai trouvé super malin et hyper gonflé comme nouvelle mission : après avoir rendu la moitié de la planète accros à un truc destructeur, se proclamer leaders de la solution ?
Honnêtement j’ai de la peine à prendre ça au sérieux quand la plus grande partie de leurs revenus c’est encore les cigarettes. 
Bon tu me diras au moins ils ont les moyens.

Si y’a un truc que cette histoire de valise au Vietnam m’a apprise c’est ça : va au-delà des apparences. 
Regarde les gestes. 
Regarde comment la personne traite les autres.
Regarde les actions qu'elle prend.

Regarde comment une entreprise fait profit.
Regarde comment l’entreprise fonctionne. 

C’est le meilleur moyen pour détecter les vraies des fausses valeurs. 

Je crois que les vraies valeurs tu les incarnes dans toutes tes actions. 

Je crois qu’une entreprise ou un individu qui incarne ses valeurs n’a pas besoin de les afficher pour qu’on les voie.

Je crois que si en ce moment t’es pas heureux dans ta vie c’est probablement parce que t’es pas aligné à tes valeurs.

Parce que t’es loin d’être bête.
Parce que même si ta boîte te parle de toutes leurs bonnes actions, si tu sais que leurs activités majeures ne contribuent pas à rendre le monde meilleur, ça ne suffira pas. 

Je sais que c’est pas si simple que ça, 
que t’as peut-être une famille à nourrir, 
que c’est bien plus facile de ne pas se poser ces questions-là. 

Mais n’oublie pas que ce que tu choisis de faire dans la vie, 
pour qui tu choisis de travailler,
ce que t’aides à créer, 
c’est la façon la plus forte d’incarner tes vraies valeurs et de participer à un monde meilleur. 

Alors si tu le ne fais maintenant, quand tu le feras ?

Et si tu ne le fais pas toi, qui le feras ? <3

(Photo: la galère du voyage en valise, Vietnam 2010 :p)